Patrick Bazin – La bibliothèque au XXIème siècle : Le numérique au centre des préoccupations

Patrick Bazin - Les bibliothèques au XXIe siècle - Congrès des Milieux Documentaires 2012

Durant sa conférence “La bibliothèque au XXIème siècle – savoir et technologies”, Patrick Bazin a insisté sur le rôle joué par les révolutions numériques dans les mutations qui ont affectées les bibliothèques. Nous revenons, dans ce billet, sur les propos que celui-ci a tenus à l’égard de la bibliothèque du présent et celle du futur.

Après avoir évoqué les évolutions qui ont été observées durant les années 1970 – 1980 dans l’organisation et la fonction des bibliothèques et les problématiques liées aux contenus nouveaux, Monsieur Bazin s’est tourné vers le futur de ce type d’établissements.

Le “bibliothécarisation du monde” et les réseaux sociaux

La seconde révolution numérique est souvent rattachée au concept de web 2.0, ce dernier s’avère toutefois vague et complexe. “Je ne considère pas les réseaux sociaux comme l’élément clé de cette seconde révolution” avance Patrick Bazin, “ce que j’appelle la “bibliothécarisation du monde” est selon moi le phénomène le plus important découlant de ce cycle. En effet, cette dernière a impliqué que les activités humaines se soient largement tournées vers la création de bibliothèques de types divers (de photos personnelles, de collections musicales, etc.)”.

L’émergence des réseaux sociaux n’est cependant pas à négliger: “Ceux-ci, couplés à la “bibliothécarisation du monde”, ont fait émerger la notion de coproduction. Cette dernière ne remet pas complètement en cause le processus de création “classique” ainsi que ses modalités, sa restructuration s’est toutefois enclenchée : l’idée d’une co-construction progressive des connaissances domine à présent”. Ces changements profonds posent de nombreux problèmes, “la notion d’œuvre et celle d’auteur sont notamment remis en cause : la coproduction devient clé, la frontière entre ceux qui consultent et ceux qui produisent le savoir est de plus en plus floue”.

Au centre de ces bouleversements sociétaux, la bibliothèque et son personnel sont amenés à jouer un nouveau rôle. “Traditionnellement, le bibliothécaire renvoie aux sources, il n’a pas vocation à transformer un contenu de savoir, il est même souvent réticent à cette idée. Cela change désormais. Par exemple, le Guichet du savoir, que nous avons mis en place à Lyon, crée une sorte d’encyclopédie dynamique qui vient alimenter le système d’information de la bibliothèque municipale locale”.

Monsieur Bazin distingue également une troisième composante importante rattachée à la seconde révolution numérique: l’auto-formation. “Cette activité occupe une place grandissante au sein des bibliothèques. Elle se rattache à l’accompagnement et à l’aide que peuvent apporter les bibliothécaires aux usagers: cette institution devient ainsi un lieu qui génère des activités, des exercices et du savoir”.

Un diversification des activités

Au fond, lorsque les bibliothèques contemporaines et celles “classiques” sont mises face à face, l’évolution la plus marquante, qui se dégage de cette mise en rapport, est la diversification des services proposés par ce type d’établissements. En effet, dans la plupart des cas, la bibliothèque ne se limite plus à la simple mise à disposition d’ouvrages et de locaux, l’offre qui gravite autour de celle-ci s’est considérablement enrichie et élargie.

À ce sujet, Patrick Bazin le rappelle, les “ contenus vont en quelques sortes vivre leur propre vie: lors d’une recherche documentaire, vous serez entraînés dans un parcours qui pourra aller très loin, cela va s’écarter de ce que l’encyclopédie pouvait fournir auparavant”. Au-delà de l’agrandissement et l’enrichissement de l’offre des bibliothèques, la manière dont les contenus vont être proposés par cette dernière est en train d’être bouleversée. Des Systèmes intégrés de gestion de bibliothèques (SIGB), tels que Mondo-In Media. qui permettent de créer des connexions entre des ouvrages – par catégorisation notamment – et des sources externes – Wikipédia, etc. -, ont, par exemple, révolutionné ces services. “Le contenu sera de plus en plus interactif. Les bibliothèques devront par ailleurs apprendre à intégrer dans leurs activités non pas seulement des outils d’accès aux ressources mais aussi des interfaces et des appareils que l’on retrouve dans la réalité quotidienne. Elles feront ainsi de plus en plus appel à la totalité des comportements humains : l’attitude, les gestes, etc. Il faudra que les bibliothèques apprennent à s’approprier ces environnements, pratiques et appareils” souligne Patrick Bazin. Mondo-In Presse, un système de navigation par gestuelle permettant d’accéder à des centaines de périodiques internationaux illustre bien les propos de ce dernier.

Une ouverture vers le monde

Il est ainsi clair que Monsieur Bazin préconise l’ouverture et l’expérimentation: “nous parlons beaucoup des bibliothèques « troisième lieu », cette notion porte beaucoup d’espoir et attribue aux bibliothèques un rôle important: ce sont des espaces d’échange, de socialisation, d’acculturation et d’usages. L’idée est donc ici de partir des envies et des pratiques des individus, ainsi que de leurs attentes, afin de créer des espaces qui soient attrayants, et ce grâce à une multitude de dispositifs qui permettent aux usagers de retrouver des pratiques issues du monde extérieur (lieu de discussion, etc.). Cette théorie est très intéressante, mais elle ne doit pas faire abstraction de la fonction cognitive des bibliothèques : pour sauver ces dernières – si une telle nécessité est manifeste -, il faut que celles-ci conservent leur rôle centré sur le savoir sans toutefois se focaliser sur leurs propres outils. En effet, à partir de propositions émanant de l’environnement et de sphères d’activités multiples, il s’agit de réinventer ces lieux. À titre d’exemple, le jeu vidéo est très éloigné des compétences du texte, il est plus centré sur l’interaction, le développement de stratégies, etc., des attributs qui sont ce plus en plus ceux de l’homme du monde moderne : les bibliothèques doivent les intégrer”.

Patrick Bazin conclutant qu’”il n’existe pas de solutions technologiques simples : l’avenir des bibliothèques dépend des capacités d’ouverture des bibliothécaires et de leur capacité à intégrer les composantes qui se retrouvent dans le monde extérieur: l’ouverture et l’expérimentation sont ainsi essentielles”.

 

– Patrick Bazin est l’actuel directeur de la Bibliothèque Publique d’Information – Centre Pompidou (Paris, France), il a aussi, notamment dirigé la bibliothèque de Lyon -

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